Dans un article précedént vous avions présenté Émilie, une infirmière française qui est partie exercer dans le Colorado aux USA. Après nous avoir détaillé les formalités à remplir auprès de l’immigration et expliqué comment obtenir l’équivalence de son diplôme infirmier, elle nous livre dans cet article sa vision de l’intérieur du rêve américain. 

Être infirmière aux USA  : le paradoxe américain

Émilie, quelle est ta vision des USA ?

Pour comprendre les mœurs et la culture de l’immense territoire américain, je pense qu’il faut en connaitre l’histoire.

« Pays modèle de l’ultra libéralisme, société de consommation à outrance le ton est donné… On utilise, on jette, on rachète. »

Pendant que la France lutte pour conserver ses CDI, l’Amérique ne s’interroge pas… cumuler des   » job », changer de travail avec une flexibilité fantastique, se reformer, reprendre ses études, changer d’orientation encore, déménager, conduire 4h aller/retour pour aller travailler… welcome in America ou la force qui avance !

Les valeurs de l’Amérique Profonde résistent cependant à la tempête libérale. Revendication du droit de se défendre et de posséder des armes à feu, soutien patriotique aux troupes impliquées dans tant de pays que l’on ne sait plus pourquoi ou pour qui on se bat, l’église le dimanche matin, la polémique politique ou religieuse soigneusement étouffée au nom de la bienséance…

Être infirmière aux USA  : le paradoxe américain

Emilie vit son rêve américain dans un ranch au Colorado

Le « self-made-man  » n’est pas mort ! et pour cause, l’interventionnisme de l’état existe là où l’on ne l’attend pas. Encore un paradoxe  ! Peu d’aides financières, voire réduites à néant, la TVA qui d’un état à un autre passe du simple au double ainsi vous payerez vos courses 2 fois plus cher dans le Colorado, un abonnement pour une ligne mobile coûtera 70 $ tandis que les voisins du Nebraska payeront 150 $. Et comme l’état n’encadre rien, la facture elle-même ne sera jamais la même !

La protection sociale et l’accès aux soins pour tous ou comment les assurances dictent la loi.

« L’éducation a un prix… un étudiant en pharmacie commence sa vie de jeune travailleur avec un crédit de 200.000 $ ! »

Par contre, les « parties  » du 4 juillet ou toute autre manifestation sociale, sont encadrées par une armée de sheriff deputy qui encercle la foule déjà contenue au sein d’un périmètre de sécurité délimité par des balustrades. Hors de ce petit périmètre, vous serez sanctionné si on vous attrape un verre de bière à la main !

Du coup, on s’amuse dans le respect de l’autorité et je comprends mieux la frustration accumulée qui donne lieu a de grands débordements de n’importe quoi lors des annuels springs break.

Pour répondre à cette politique du « débrouillez-vous  » je retrouve ici une volonté de solidarité. » Le voisin  » (qui habite parfois à plusieurs miles) apporte son aide. Si vous êtes malade, il frappera à votre porte avec un bouillon de chicken noodle ; si vous faites des travaux à la maison, il viendra vous prêter main-forte…

Travailler jusqu’au dernier souffle…  » ils se le gagnent  » comme on dit chez moi .

Être infirmière aux USA  : le paradoxe américain

Être infirmière aux USA  : le paradoxe américain

Être infirmière aux USA  : le paradoxe américain

La paix sociale n’a pas de prix ! Les gens font preuve d’une extrême politesse, d’une grande amabilité et jamais oh grand jamais la mauvaise humeur n’est montrée en public. Face à la difficulté, à la peine, ils répondent avec leur nonchalance habituelle  » it ‘s going to be alright  » .

« Se décourager ou abandonner n’est tout simplement pas une option et du coup il ne sert à rien pour la plupart des Américains de se plaindre. Le pessimisme ? Connais pas ! »

Donc, quand vous avez intégré ceci, vous ne cédez plus à la paranoïa générale qui voudrait soutenir la thèse de l’Amérique qui barre la route aux étrangers. C’est faux ! Il faut bien comprendre que se faisant on s’apprête à gravir une montagne de difficultés, mais ce n’est pas pour nous mettre des bâtons dans les roues, c’est parce que tout se gagne, rien n’est donné pour nous étrangers comme pour les autochtones.

On m’a témoigné beaucoup de sympathie au moment des attentats de Paris, les gens étaient réellement touchés. C’est un sujet très épineux à aborder quand Fox News inonde l’actualité d’idioties impossibles. On a pourtant envie de leur demander, comment vivez- vous en tant qu’américain l’ingérence insupportable de votre pays partout dans le monde et qui s’est auto déclaré  » policier  » de la planète et de la galaxie  !???  Sujet qui fâche ….

Être infirmière aux USA  : le paradoxe américain

Difficile de comprendre cette politique quand l’américain à titre individuel n’a pas de volonté impérialiste comme on pourrait le croire. Ce sont plutôt des gens qui n’aiment pas le conflit, je dirai même qu’ils le fuient. Nous français sommes beaucoup plus dans la revendication et la manifestation de notre insatisfaction. Ici, les contestations sont très peu nombreuses. Surtout pas de drame !

Ce que je veux démontrer ici, c’est que la compréhension des États unis depuis la France à partir des médias ou d’un voyage de quelques semaines n’est pas suffisamment éclairée pour en saisir toutes les subtilités. Il serait tout à fait simpliste d’ailleurs, de résumer ainsi un pays et sa culture, quel qu’il soit. Venir, revenir et s’immerger évitera sans doute des désillusions au  » rêveur  » qui imaginait un monde parfait ou à l’inverse ébranlera les convictions du  » sceptique  » qui voyait le mal partout !

Pour bien des gens les USA représentent un rêve pour des raisons personnelles… il ne faut pas se démotiver, mais garder à l’esprit la réalité difficile à assumer et qui parfois peut faire perdre ce rêve de vue.

Être infirmière aux USA  : le paradoxe américain

Quels sacrifices as-tu faits pour accéder à ton rêve américain  ?

Il m’aura fallu presque 2 ans pour arriver au bout d’un périple jalonné d’obstacles, mais surtout de remise en question. Perdre un travail, tout recommencer à zéro même le permis, bousculer son identité, s’adapter toujours s’adapter et faire le deuil d’un quotidien passé.

Pendant deux ans  » no life » ! Il a fallu accepter de mettre ma vie entre parenthèses parce que pour réussir, il faut s’y consacrer pleinement et éviter d’y aller en dilettante. Le carburant qui m’a fait avancer ce sont tous les projets qui me tenaient à cœur d’entreprendre ou de poursuivre.

 » My way of life  »  aujourd’hui, c’est d’être infirmière et de rentrer le soir pour m’occuper du ranch. J’apporte mon aide au refuge des loups du Colorado sur mes jours de repos, je me suis réinscrite à l’université pour un diplôme d’histoire / ethnologie des cultures amérindiennes, je joue de ma guitare folk et mes prochaines vacances seront sans doute dans le parc national du Yellowstone qui cherche tous les étés des bénévoles pour l’entretien forestier.

Il faut avancer  » vipère au poing  » (Hervé Bazin), avec rage, force et détermination. Ne pas trembler devant le diplôme américain qui bien que différent n’est pas supérieur au diplôme français.

« Nous avons une excellente formation infirmier en France et il faut en être convaincu pour pouvoir appréhender le challenge américain avec plus de sérénité. »

Soyez un guerrier, si c’est votre rêve défendez-le !
Good luck !

Émilie depuis le l’Ouest américain.

Si vous avez encore des questions, vous pouvez les poser à Émilie en lui laissant un commentaire au bas de cet article ou nous rejoindre sur notre groupe Facebook : infirmier dans le monde 

Pour relire l’ensemble des démarches pour devenir infirmier aux USA.