Pour les besoins d’un article que nous devions écrire pour une assurance voyage, nous avons eu plusieurs réflexions au sujet des voyages humanitaires ainsi que la forme plus commerciale de celui-ci qui est le volontourisme. C’est un mode de voyage dont j’avais beaucoup entendu parler durant mes études d’infirmier.

En effet, il n’est pas rare pour bon nombre d’étudiants de profiter de leur formation pour effectuer un stage de découverte à l’étranger dans un pays en voie de développement. Mais saviez-vous que ces stages étaient payants, et parfois sur ces sommes mirobolantes un faible pourcentage profite à la structure d’accueil. Coup de projecteur sur une pratique qui tend à se généraliser et qui fait le bonheur de plusieurs voyagistes. 

Le volontourisme ou comment faire de l’humanitaire une industrie

Aujourd’hui je trouve que le terme « humanitaire » est un mot un peu fourre-tout et les gens en général l’utilisent à tord et à travers. La définition du mot humanitaire ne fait pas consensus, mais essayons tout de même de lui donner de la valeur. En effet, est-ce que planter du riz en Asie du sud ou repeindre un portail au Togo c’est faire de l’humanitaire ?

Selon un rapport de Reymond Philippe écrit en 2007 à Lausanne l’aide humanitaire est une  » aide inconditionnelle et désintéressée pour les personnes dans le besoin, apportée dans le monde entier sans distinction sociale, politique ou culturelle. Son but est de fournir de l’aide aux personnes en détresse, de leur permettre de reprendre leur destinée en main, de surmonter leur désespoir et de reconstruire une nouvelle vie (Schroeder et al., 2005). Elle se concrétise par l’aide d’urgence, qui permet de satisfaire les besoins élémentaires des populations touchées par une crise, ainsi que l’aide de reconstruction, qui permet aux populations de reconstruire leur économie. »

On distingue donc 2 types d’aides dans l’humanitaire : l’aide d’urgence qui est une démarche qui s’inscrit dans la rapidité et l’aide au développement qui est une démarche qui s’inscrit dans le temps.

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Le voyage humanitaire est une forme de voyage où l’on met l’humain au centre de son activité, de son voyage on devient acteur de celui-ci et non plus spectateur. Le terme de volontourisme est la forme plus spontanée de celui-ci, la forme plus « mercantile »

Vincent Dalonneau², Responsable Asie à Solidarité Laïque, décrit le volontourisme comme une activité ponctuelle, de 1 à 2 semaines, qui est à opposé aux missions humanitaires qui s’inscrivent plus sur la durée. C’est une forme de tourisme qui rencontre un franc succès depuis plusieurs années aidé sans doute par la théâtralisation de celle-ci sur internet et les réseaux sociaux

« Le tourisme présente en effet un paradoxe : si tout le monde est touriste, personne ne veut admettre ce statut, considéré comme dévalorisant. Le touriste, c’est forcément l’autre. Un autre qu’on méprise et qu’on fuit. »

Certaines personnes sont vraiment animées d’une volonté d’aider la population durant leur voyage et certains voyagistes l’ont bien compris. En effet ce tourisme alternatif enregistre une croissance d’environ 10% par an pour un chiffre d’affaires global de 150 millions de dollars. Mark Watson, directeur de l’organisme britannique Tourism Concern évalue les marges de profit du volontourisme entre 30 et 40 %, alors qu’elles ne sont que de 2 à 3 % dans l’industrie du tourisme traditionnel. C’est un business qui est donc lucratif et qui intéresse.

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On est aussi en droit de se questionner sur les véritables raisons des voyageurs motivés par le volontourisme. Sylvie Brunel, dans un article paru dans le magazine Sciences Humaines du mois Aout 2006 on y trouve une définition que je trouve assez pertinente du touriste :  « Le tourisme présente en effet un paradoxe : si tout le monde est touriste, personne ne veut admettre ce statut, considéré comme dévalorisant. Le touriste, c’est forcément l’autre. Un autre qu’on méprise et qu’on fuit.« On a tous cette image erronée du touriste avec son bob, ses coups de soleil, sa crème solaire sur le nez et ses sandales avec les chaussettes qui remontent jusqu’aux genoux. Aujourd’hui les voyageurs ont besoin de nouveauté pour se démarquer, surement aidés par les réseaux sociaux. En résumé nous sommes tous le touriste de quelqu’un et les voyagistes rivalisent donc d’inventivité pour combler la curiosité de celui-ci

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La différence entre le volontariat et le bénévolat ?

Bénévolat : activité à temps partiel sans contrepartie financière 

Exemple : Florence a été photographe pour l’ONG Médecin du Monde en Guyane pendant 3 mois. Cette activité bénévole fut réalisée durant son temps libre et ne faisait appel à aucun salaire ou indemnisation. C’est du bénévolat.

Volontariat : activité à temps plein avec contrepartie financière

Exemple : Chez MSF certains médecins sont salariés de l’ONG, ils disposent donc d’un contrat de travail et c’est leur activité principale. Ils sont volontaires.

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Comment trouve-t-on une mission de volontourisme ? 

C’est toute la problématique des voyageurs qui souhaitent faire du volontourisme. En amont de cela, je pense qu’il y’a des questions à se poser : Mon action aura-t-elle un impact négatif sur la population locale ? Aider à repeindre l’hôpital de la ville, d’accord, mais mon action ne va-t-elle pas priver un local de son travail ? Donner des cours de Français ou d’Anglais à des adolescents, oui mais est-ce que j’ai une formation dans l’éducation et l’encadrement ? Ne vaut mieux t’il pas faire un don pour former un local pour qu’il puisse occuper cette fonction et ainsi la pérenniser ? Les enfants ont besoin d’amours et de tendresse, oui mais justement comment vont-ils réagir quand vous allez quitter la structure au bout de 2 semaines. Ils vont subir un énième départ, qui sera vécu de nouveau comme un abandon, un de plus ? 

ET surtout est-ce que plutôt je veux me rendre utile, parce que ça ME fait du bien. 

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Une fois le temps de la réflexion passé, la première chose qu’il faut tout d’abord savoir c’est dans quelle zone géographique vous souhaitez-vous rendre et quelles sont les compétences que vous pouvez apporter sur place. La deuxième étape est d’ensuite de se rapprocher des acteurs locaux et des associations qui sont sur place depuis plusieurs années. Les organisme ne manquent pas, depuis la France il est possible de trouver des missions ou des chantiers avec le service civique (http://www.service-civique.gouv.fr/), France Volontaire (http://www.france-volontaires.org/), l’institut de coopération internationale ( http://www.institut-cooperation.com/ici/valeurs/), association soeur Emmanuelle (http://www.asmae.fr/), la délégation catholique de coopération (http://ladcc.org/), la guilde ( http://www.la-guilde.org/), le service volontaire internationale (http://www.servicevolontaire.org/). 

Il vaut mieux bien se renseigner en amont sur l’organisme et la mission choisie, car chaque ONG à des valeurs propre. Il faut aussi faire le point sur ses compétences et sa capacité à évoluer dans un environnement parfois à 100 000 lieux des standards occidentaux. 

Le volontourisme peut être utile, mais il faut partir avec des ONG qui ont pignon sur rue et qui sont implantées dans le pays depuis plusieurs années et qui connaissent la situation locale. Pour les voyageurs souhaitant donner un sens à leur voyage il est aussi possible de regarder du côté de Travel with a mission (TWAM), association créer par Ludovic Hubler, elle met en relation les TWAMHOST (les institutions qui accueillent) et les TWAMERS (les voyageurs), ce projet permet la rencontre entre individus souhaitant partager un savoir/une compétence/une expérience à des institutions comme des écoles, des hôpitaux ou des entreprises autour du globe.

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Doit-on mettre la main à la poche pour faire du volontourisme ? 

Payer pour aider ? Non.

Dans mon esprit, le volontourisme je le vois plus dans un logement chez l’habitant, avec des repas locaux et un mode de transport local. Pour moi c’est un échange basé sur la réciprocité. Pour moi le volontourisme est une action ponctuelle chez une personne ou une institution rencontrée durant son voyage

Durant notre road trip au Brésil nous avons rencontré plusieurs institutions qui étaient en quête de bénévole. Je pense notamment à l’institution Aldeia da Paz à Pirénopolis au Brésil, c’est un couple de voyageurs Canadiens qui nous a conseillé d’aller rendre visite à Soeur Marie de Dieu qui s’occupe de cet établissement qui accueille des personnes âgées Brésiliennes abandonnées, ainsi que des enfants des rues. Cette institution à grand besoin de volontaire et elle nous a accueillis avec un sens de l’hospitalité hors du commun. Pendant 1 semaine, nous avons dormi dans cette institution ou en échange du gite et du couvert nous avons pu les aider dans quelques tâches quotidiennes. 

Le volontourisme ou comment faire de l'humanitaire une industrie

Le volontourisme ou comment faire de l'humanitaire une industrie

Le volontourisme ou comment faire de l'humanitaire une industrie

Pour moi, c’est ça MA vision du volontourisme, une adresse trouvée grâce à des connaissances ou à aucun moment il ne fut question d’argent. C’est ce qui fait la beauté du voyage justement, le hasard des rencontres qui vous font vivre des choses prodigieuses. Mais hélas la plupart des voyageurs aujourd’hui ne font plus d’effort, tout doit arriver tout cuit, tout doit faire l’objet d’une prestation, le fameux tout inclus

Et justement hélas certains voyagistes ont bien compris le filon et se servent de la crédulité et de l’altruisme des gens pour s’enrichir sur la pauvreté des populations locales, argent qui bien souvent ne sera pas du tout profitable à la population concernée (ou dans une moindre mesure) et qui servira plutôt à la rentabilité et au profit de certaines entreprises peu scrupuleuses. 

Par exemple saviez qu’au Cambodge le nombre d’orphelinats a littéralement explosé depuis plus de 10 ans et ils sont au nombre de 600 aujourd’hui ! Une étude réalisée en 2011 par l’Unicef a conclu que les orphelinats du pays sont peuplés d’enfants arrachés à leurs parents pour extorquer des dons. Selon Isabelle Hachez pour le site La Press, cette prolifération d’orphelinats s’explique par l’augmentation du tourisme et du volontariat auprès des enfants du Cambodge. Un site internet existe d’ailleurs pour dénoncer ce type de tourisme (http://www.thinkchildsafe.org/thinkbeforevisiting/), qui se rapproche plus du voyeurisme. 

Le volontourisme ou comment faire de l'humanitaire une industrie

http://www.thinkchildsafe.org/thinkbeforevisiting/

Les futurs professionnels de santé doivent-ils payer pour faire des stages à l’étranger ?

C’est une tendance qui je trouve s’accentue aussi dans certaine formation en santé, depuis quelques années je remarque que de plus en plus d’organismes vendent des packages de stage tout inclus à des étudiants infirmiers ou kiné pour faire du stage/tourisme/découverte en Afrique ou en Asie. Que ce soit pour les kinés ou pour les infirmiers, j’étais plutôt étonné de voir que pour un stage à Madagascar on s’approchait des 2500 € pour 5 semaines (hors billet d’avion) quand on sait le cout de la vie sur place… Ce qui me dérange ce que souvent cet argent ne profite pas du tout au locaux.

J’ai aussi souvenir d’un groupe d’étudiants partis en stage au Togo et qui avaient acheté des moustiquaires en France pour les distribuer durant leur mission de 1 mois. Le but était de réaliser une mission de prévention et de santé publique qui avait pour thème le paludisme. Ces étudiants ont pu remarquer quelques jours plus tard que les habitants de ce village utilisaient les moustiquaires distribués…Pour protéger leurs plantations !

Entre ce que l’on souhaite, la réalité du terrain et les priorités des locaux, il y a souvent un grand décalage.  

Je suis contre le volontourisme, cette manière de voyager où l’on l’on paye une prestation tout inclus. Je pense qu’il est possible de faire du volontourisme seul, sans payer en réalisant les démarches pour son propre compte. En trouvant la petite adresse que l’on partage entre voyageurs au détour d’une discussion. C’est parfois un travail assez lourd de préparation, mais on peut en retirer plus de satisfaction, car c’est un périple abouti.

En partant pour notre roadtrip au Brésil nous avions chargé notre van de pansement et de compresses que nous avons pu donner à un centre de santé qui accueille des personnes âgées abandonnées à Fortaleza dans l’état du Ceará, ils nous ont remerciés en nous offrant le repas et en faisant visiter la structure. Cette association nous l’avons connue par hasard en discutant avec des étudiants infirmiers brésiliens. C’est une forme de solidarité internationale que je trouve respectueuse et sans impact négatif. 

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Je pense que la forme commerciale du volontourisme reflète les maux de notre société : un mode de consommation à la va-vite où toute la prestation est incluse : pas de préparation préalable, pas de formation, c’est du vite payé, vite consommé, vite oublié. L’humanitaire aujourd’hui ne s’improvise pas et réfléchir à ces questions nous rappelle à Florence et à moi une petite phrase  graver dans le coin de nos têtes durant nos formations respectives :  » aider, ne veut pas dire « faire à la place de… »

Selon Siham Jamaa, analyste au Réseau de veille en tourisme à la Chaine de tourisme Transat de l’Université du Québec à Montréal : « pour réellement apporter une aide efficace, il faut du temps, de l’argent et des compétences. Si l’on n’a pas ces 3 éléments, alors on ne fait que se donner bonne conscience en se disant : « Mais au moins je fais quelque chose ! » Mais justement, aujourd’hui ne vaut-il pas mieux ne rien faire ? Ne vaut il mieux pas continuer à utiliser un mode de tourisme plus classique, plus équitable et qui profitera vraiment aux acteurs locaux.

Pour Pierre de Hanscutter, qui est directeur du service volontaire internationale, la meilleure façon de faire du volontourisme et de ne pas partir les mains dans les poches sur la base de la bonne volonté. La meilleure façon d’aider et de soutenir à distance les acteurs locaux qui sont sur place depuis plusieurs années et qui comprennent la situation et le contexte géopolitique. Il faut les appuyer sur des projets qui correspondent à la population et qui ne vous correspondent pas à vous forcément. En effet, soyons réaliste les motivations des personnes qui partent faire ce genre de mission de courte durée sont le plus souvent dans une démarche de satisfaction personnelle que d’une réelle envie d’aider une cause locale. C’est donc  prendre le problème à l’envers. « Je veux me rendre utile », oui mais ce pays aujourd’hui a-t-il besoin de votre aide, n’a-t-il pas plutôt besoin de compétence ? 

Le monde de l’humanitaire tend à se professionnaliser et il a besoin de personne avec une expertise et des qualifications. Les humanitaires aujourd’hui sont des gens à niveau BAC+3/BAC+5 : hydrogéologues, infirmiers, chef de mission, logisticien, responsable logistique, techniciens de laboratoires, coordinateur de projet…

N’hésitez pas à consulter certains billets de blog de personnes déjà partis dans ce type de volontourisme et que j’ai trouvé pertinent : 

– Eleonore, partie en 2012 au Cambodge : http://www.plusduntourdansmonsac.com/mission-volontariat-cambodge

– Témoignage d’une blogeuse qui travaille dans le milieu du développement international http://www.jaiecrit.com/2016/01/05/partir-faire-du-volontariat-oui-mais-bien/

Si toute fois vous souhaitez vraiment partir, il faut bien se renseigner sur l’ONG choisie et ne pas hésiter à la questionner. Pour s’aider à se poser les bonnes questions. L’organisme Tourism Concern qui fait la promotion d’un tourisme qui profite aux populations locales a mis au point un questionnaire qui permet de faire le point sur ses motivations avant de partir :   

  • – Comprenez-vous les valeurs et les objectifs de votre organisation choisie  ? Vos propres valeurs et objectifs sont compatibles?
  • – Quel type d’organisation sont-ils ? (bienfaisance, ONG, à but lucratif, etc.). Cela affecte la façon dont ils conçoivent des programmes de travail et de projets individuels ?
  • – Comment fonctionnent-ils avec la communauté locale ?
  • – Est-ce qu’ils travaillent en collaboration avec une organisation partenaire locale ? Découvrez qui est ce partenaire et essayez d’en savoir plus au sujet des relations qu’ils entretiennent.
  • – Quel travail allez-vous effectivement faire sur place ? Une bonne organisation avec des programmes bien gérés devrait être en mesure de vous dire plusieurs mois avant de vous déplacer où vous irez et exactement ce que vous allez faire.
  • – Quelle formation aurez-vous avant de partir et combien de formation aurez-vous sur place ?
  • – Pouvez-vous parler (ou contacter par l’intermédiaire des médias sociaux) les précédents bénévoles qui ont eu un rapport avec ce projet et/ou l’organisation?

1. http://infoscience.epfl.ch/record/125461/files/ddns_humanitaire.pdf

2.http://blog.via-sapiens.com/assumer-detre-un-touriste-entretien-avec-vincent-dalonneau-sur-le-tourisme-humanitaire/

3. Professeur de géographie à l’université Paul-Valéry de Montpellier après avoir travaillé dix-sept ans dans l’humanitaire, a publiée en 2006 « La Planète disneylandisée. Chroniques d’un tour du monde ».

http://tenirparole.typepad.com/tenir_parole/files/Disneylandiation-Tourisme.pdf

http://www.letemps.ch/economie/2015/05/15/sejours-humanitaires-devenus-une-activite-lucrative-voyagistes

http://www.care2.com/causes/voluntourism-is-not-the-solution-to-providing-international-aid.html

http://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2007-5-page-32.htm

http://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-volontourisme-ou-comment-des-agences-de-voyages-monetise-la-pauvrete?id=8359733

http://blog.id-tourisme.fr/post/53274263956/aux-d%C3%A9rives-du-volontourisme