Chloé c’était notre coloc en Guyane à Saint-Laurent-du-Maroni ! Nous avons sympathisé très rapidement, car nous avions les mêmes difficultés et c’est pendant plusieurs semaines que nous avons fait nos débuts ensemble dans cette ville incroyable de Guyane. Encore au CHOG dans le service de pédiatrie/néonat elle a accepté de revenir sur ses débuts difficiles en pédiatrie et néonatologie à Saint-Laurent-du-Maroni (CHOG).

L’expérience de Chloé infirmière en pédiatrie à Saint-Laurent-du-Maroni

Salut Chloé, même si nous te connaissons, est-ce que tu peux te présenter pour nos lecteurs ?

Bonjour, je m’appelle Chloé, j’ai 25 ans. Je suis originaire du Bassin d’Arcachon en Gironde. J’ai eu mon bac en 2009, puis j’ai tenté 2 fois la fac de médecine : échec. Ayant toujours été attirée par le monde de la santé, j’ai donc tenté les concours infirmiers la même année, puis j’ai fait mes 3 ans d’étude à l’IFSI de Libourne (près de Bordeaux).

L'expérience de Chloé infirmière en pédiatrie à Saint-Laurent-du-Maroni

 

Peux-tu revenir sur ton parcours IDE jusqu’à maintenant ?

Diplômée en 2014, cela fait 2 ans que je suis infirmière. J’ai travaillé pendant un an dans un service d’urgence après obtention de mon diplôme. Puis voilà maintenant un an que je travaille en pédiatrie et néonatologie au Centre Hospitalier de Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane.

Postuler en Guyane

Dans cet article nous avons listé pour vous l’ensemble des structures de santé en Guyane. Lire ici 

Comment es-tu arrivée là-bas ?

J’ai postulé directement en envoyant ma candidature par mail. J’ai obtenu une réponse 1 mois après ma demande. À ce moment-là, il était très facile de trouver un poste à l’hôpital de Saint-Laurent-du-Maroni, car il y avait un turn-over important au niveau du personnel infirmier. Maintenant, c’est de plus en plus compliqué, car il y a moins de postes à pourvoir. J’ai d’abord travaillé pendant 6 mois pensant que je rentrerais ensuite en métropole, mais étant tombée amoureuse de la Guyane, j’ai resigné pour 1 an.

Au départ, je ne voulais vraiment pas travailler en pédiatrie, surement par peur et manque de connaissances.

Lexpérience de Chloé infirmière en pédiatrie à Saint-Laurent-du-Maroni

Pourquoi as-tu choisi la Guyane et quelle image avais-tu en tête avant de partir ?

Je n’ai pas vraiment choisi la Guyane. Ce dont j’étais sure, c’est que je voulais quitter la métropole. J’ai donc postulé à distance dans tous les DOM TOM. Seulement la Guyane m’a proposé un poste. Au départ, je ne voulais vraiment pas travailler en pédiatrie, surement par peur et manque de connaissances. C’est la troisième fois que je me rendais en Guyane, donc l’effet de surprise n’a pas été aussi intense que la première fois. En effet, durant mes études, j’ai pu faire un stage de 8 semaines à Cayenne, dans le service de chirurgie viscérale et digestive. Cependant, je n’étais jamais allée à Saint-Laurent-du-Maroni. La première image que j’avais en tête était la forêt amazonienne, les insectes et la pluie. En réalité, la Guyane, c’est bien plus que ça.

13932027_325780207760560_602196892_o

Parle-nous de la pédiatrie, quelle est la population que tu accueilles ?

Le service de pédiatrie dans lequel je travaille est divisé en deux. D’un côté, on a la pédiatrie, 12 lits, qui accueille des enfants de quelques jours de vie à 16 ans. Puis il y a la néonatologie, qui accueille les nouveau-nés, venant direct de la maternité. Il y a également 3 lits de soins intensifs, accueillant les nouveau-nés en détresse (prématurés ou bébés sous assistance respiratoire comme la VNI ou l’intubation). À savoir que la maternité de Saint-Laurent est une maternité de niveau 2b, c’est-à-dire qu’elle est associée à une unité de néonatologie permettant d’assurer, en continu, la surveillance et les soins spécialisés des nouveau-nés à risque ou dont l’état s’est déstabilisé après la naissance. C’est-à-dire que même si l’on pratique des gestes de réanimation, ce service n’est pas qualifié en tant que tel, mais plutôt comme soins intensifs. Les cas les plus graves comme les prématurés nés avant 26 SA, ou les nouveau-nés intubés sont envoyés par le SAMU en hélicoptère sur l’hôpital de Cayenne.

L'expérience de Chloé infirmière en pédiatrie à Saint-Laurent-du-Maroni

Concernant la population accueillie, il y a quelques créoles, amérindiens, brésiliens, métropolitains, chinois, hmongs, haïtiens mais la grande majorité est d’origine surinamaise. En effet, beaucoup de familles surinamaises vivent à SLM ou de l’autre côté du fleuve du Maroni (au Suriname), et comme il n’y a pas d’hôpital proche, ils traversent le fleuve en pirogue pour se soigner ou accoucher. Ces enfants sont donc français par le droit du sol* et les parents obtiennent des avantages sociaux leur permettant de rester sur le territoire français.

* Le droit du sol est un peu plus complexe, il y a en plus une notion de résidence sur le territoire pour prétendre à la nationalité française à sa majorité (un enfant né et ayant vécu au moins cinq ans en France de parents tous deux nés à l’étranger peut devenir français à sa majorité s’il a sa résidence habituelle en France).

 

L’expérience de Chloé infirmière en pédiatrie à Saint-Laurent-du-Maroni

Quelles sont les pathologies les plus fréquentes ?

En pédiatrie, les enfants sont principalement hospitalisés pour bronchiolite, dénutrition, rupture de traitement VIH, gastroentérite aiguë… En néonatologie, les principales indications d’hospitalisation sont la prématurité, les détresses respiratoires à la naissance, l’ictère néonatal, les infections materno-fœtales et la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (VIH).

Lexpérience de Chloé infirmière en pédiatrie à Saint-Laurent-du-Maroni

Est-il facile de soigner les enfants de St Laurent du Maroni ?

 Je pense qu’il n’est jamais facile de soigner des enfants, peu importe l’endroit. Mais c’est surement encore plus difficile à SLM.

Il n’est pas facile de prendre en charge la douleur surtout chez l’enfant, ainsi que la peur de la « blouse blanche » mais peut-être aussi celle du soignant « métro ». Les soins sont souvent intrusifs et douloureux (poses de voies veineuses, de sondes naso-gastriques, prises de sang…). Les parents sont inquiets, stressés par la maladie, par l’hospitalisation de leur enfant, par les soins qu’on leur prodigue, et ne comprennent pas forcément les pratiques médicales occidentales. De ce fait, chaque soin nécessite du temps, de la patience et de la douceur.

J’essaie donc de m’exprimer en nengee tongo (langue des noirs marrons), apprise sur le tas. Sinon, je fais appel à certains collègues, qui maitrisent la langue[…]

Les soins palliatifs chez les enfants et les nouveau-nés ne sont pas inexistants, et leur prise en charge est extrêmement difficile. Nombreuses sont les femmes qui ne font pas suivre leur grossesse et découvrent à la naissance que leur bébé est atteint de malformations ou de maladies incurables.

13918551_322678218070759_523348442_o

Il est difficile de prendre en charge correctement les enfants à cause de la barrière de la langue. Peu de parents parlent français. Parfois, certains enfants qui vont à l’école et qui parlent français traduisent pour leurs parents.

De plus, la culture est très présente. J’ai vécu l’expérience de parents qui pensaient que leur enfant était malade à cause d’esprits. Ils refusaient donc tout traitement médicamenteux et voulaient ramener l’enfant à la maison pour faire une cérémonie en présence d’un « chamane » et faire des bains de plantes appelés « washi », très communément pratiqués dans la communauté bushinengee.

13898377_322678688070712_1807286402_o

Il y a également un important problème social : les parents n’ont souvent pas de papiers ni de couverture sociale, ce qui complique la prise en charge. Les mamans sont souvent très jeunes (15 ans), vont encore à l’école, ce sont donc les grands-parents qui s’en occupent.

On est également souvent confrontés à un manque de matériel : les médicaments et dispositifs médicaux sont importés de France par avion ou par voie maritime. Les pharmacies ne sont donc pas livrées tous les jours. On se retrouve souvent en rupture de stock. On essaie donc de s’adapter comme on peut…

La première image que j’avais en tête était la forêt amazonienne, les insectes et la pluie. En réalité, la Guyane, c’est bien plus que ça.

Quel est ton rapport avec les parents ?

Comme j’ai pu le dire tout à l’heure, la majorité des patients et leurs parents sont d’origine surinamaise et ne parlent pas le français. J’essaie donc de m’exprimer en nengee tongo (langue des noirs marrons), apprise sur le tas. Sinon, je fais appel à certains collègues, qui maitrisent la langue, ou bien je peux faire appel au médiateur culturel de l’hôpital. Certains Surinamais venant de Paramaribo (la capitale), s’expriment en anglais. Ce n’est pas toujours évident, mais j’arrive toujours à trouver un moyen pour me faire comprendre.

Est-il facile pour une jeune infirmière de vivre à St Laurent du Maroni ?

Au niveau logement, il est facile de se loger. Les prix de location sont à peu près les mêmes qu’en métropole (pour une ville comme Bordeaux). Nombreux sont les métropolitains qui viennent s’expatrier pour quelques mois ; le meilleur plan est alors la colocation et la fabrication de meubles en palettes.

La vie est globalement plus chère qu’en métropole. Les Guyanais touchent donc une indemnité de vie chère de 40%. Après, mon avis est que si l’on veut vivre à la française, certes c’est plus cher, mais rien ne vaut de goûter à la culture guyanaise (aller manger local au marché).

Concernant les moyens de transport, je dirais qu’il est indispensable d’avoir une voiture si l’on veut visiter un peu les alentours. En effet, en Guyane, il n’y a pas de métro (seulement les métropolitains ;), pas de train, et le transport en bus est très précaire. Le seul moyen sûr et efficace reste la voiture ou la pirogue. Le covoiturage est très répandu ici mais pas toujours fiable. Le vélo reste un bon investissement pour se balader facilement dans la ville, à condition de ne pas se retrouver sous une averse…

L'expérience de Chloé infirmière en pédiatrie à Saint-Laurent-du-Maroni

Qu’est-ce qui change (par rapport à la métropole) ?

Tout. Le climat chaud et humide varie à travers différentes saisons (saison sèche et saison des pluies). Côté culinaire, je découvre chaque jour un nouveau fruit, légume ou plat dont j’ignorais l’existence.

A SLM, le mode de vie est très différent par rapport à la métropole. Le multiculturalisme fait de la Guyane une richesse à la fois sociale et culturelle.

Qu’est-ce qui te plait dans la vie là-bas ?

J’apprécie la densité de la nature, le multiculturalisme… c’est un dépaysement total. J’essaie de profiter de mes congés pour visiter les pays alentours d’Amérique du Sud, qui sont faciles d’accès, mais pas forcément moins cher. Je profite de mes week-ends pour découvrir la Guyane elle-même en passant des nuits en hamac dans des carbets (cabanes en bois dans la forêt), marchant le long de la plage d’Awala Yalimapo afin d’observer la ponte des tortues Luth, profitant du marché pour y siroter un jus de fruit local, participant au carnaval en début d’année, remontant le fleuve du Maroni en pirogue pour découvrir les villages environnants, randonnant dans la forêt et découvrant des insectes improbables…

13681899_322677991404115_812681075_o

Au début, je ne devais y rester que 6 mois. Un an après, me voilà toujours là-bas. Si j’avais un conseil à vous donner, ce serait d’y aller sans hésiter afin de soulever les nombreux préjugés sur la Guyane et de vous faire votre propre avis, de rencontrer des personnes formidables et de vivre une expérience professionnelle et humaine exceptionnelle.

Pour en savoir plus sur la vie en Guyane, n’hésitez pas à nous rejoindre sur notre groupe Facebook : infirmiers dans le monde.