C’est en travaillant dans le centre hospitalier de Saint-Laurent-du-Maroni que nous avons pu faire la connaissance de Catherine. Infirmière de son état, elle nous a longuement parlé de ses aventures à Saint-Pierre et Miquelon, une collectivité d’outre-mer située non loin de l’Amérique du Nord. Nous laissons la parole à Catherine qui revient pour notre communauté sur son expérience à Saint-Pierre et Miquelon. 

L’expérience insolite de Catherine, infirmière à St Pierre et Miquelon

#Salut Catherine, est-ce que tu peux nous parler de toi ?

 Je m’appelle Catherine, je suis infirmière, diplômée depuis 2012, et j’aime énormément voyager.

Étant en disponibilité des Hôpitaux de Marseille, je voulais travailler à l’étranger… j’en ai parlé à une boite d’intérim qui m’a redirigée vers Adecco, une agence spécialisée pour les missions en DOM TOM; trois semaines plus tard, je partais pour Saint Pierre et Miquelon.

Ce qui marque le plus là-bas, en premier lieu, c’est le froid, ça caille grave ! Après une bonne semaine d’acclimatation thermique, on apprécie le calme, la quiétude de ce petit bout de caillou.

#Peux-tu nous expliquer comment ça se passe en pratique pour avoir une dispo ?

Pour la dispo, il faut être titulaire; il suffit de formuler une demande par courrier (avec AR toujours !) à son employeur, je ne suis pas au point sur les délais, ça dépend des effectifs et des possibilités de l’établissement.

On est pas censé travailler dans d’autres secteurs publics quand on est en mis en disponibilité, mais en pratique ça reste flexible… Il faut renouveler sa demande tous les ans, en tant que paramédicaux, on a le droit à 10 ans de dispo (nos amis de l’éducation n’ont que 5 ans). Bon à savoir, vous n’avez droit à aucune prestation sociale en étant en dispo et la réintégration peut prendre un certain temps (il m’a fallu 3 mois à Marseille). De plus vous ne retrouvez pas forcément le service que vous avez quitté; votre employeur doit vous faire au moins trois propositions.

Quand il fait trop chaud, nos amis Saint Pierrais ont « la mousse au cul »

#Comment était ton travail d’infirmière à St Pierre et Miquelon ?

Le travail, c’était cooool. Parfois trop ! Au vu de mon profil, j’ai été affecté en service de chirurgie, car il y avait 2 box de réa « provisoires » (les grosses urgences sont envoyées à Terre Neuve) ; et vu qu’il y a 6000 habitants à Saint Pierre et 400 à Miquelon (oui oui, les 2 îles sont bien distinctes) eh bien le service est rarement plein, il nous est même arrivés d’êtres plus de soignants que de patients… Bon, il semblerait que ça dépend des périodes, les chirurgiens effectuent des missions ponctuelles selon leur spécialité. Je suis pour ma part tombé sur une période calme…

L'expérience insolite de Catherine, infirmière à St Pierre et Miquelon

L’hôpital

Le service de médecine sur le même étage est quant à lui un peu plus actif, mais quand même rien à voir avec un service public métropolitain.

#Pour le salaire, c’est quasiment le double d’un salaire métropolitain, si tu fais des nuits c’est jackpot !

L’hôpital est très bien subventionné, le bâtiment (cf photo) est tout récent, les locaux sont tous neufs, et au niveau matos c’est plus que bien équipé. Les conditions de travail sont vraiment optimales !

#Y a-t-il des maladies/pathologies spécifiques à St Pierre et Miquelon ?

Les pathologies rencontrées sont similaires à celles de métropole, troubles cardio-vasculaires, diabètes… L’hygiène de vie est très occidentalisée, voir américanisée, avec une appétence particulière pour les spiritueux 😉 .

#Y a-t-il des cas d’évacuation sanitaire ?

Oui, il y a beaucoup d’évacuations sanitaires, les urgences sont évacuées à Saint John (Terre Neuve), et d’autres cas, moins urgents, sont évacués en métropole.

#As-tu pu t’intégrer à la population sur l’île ?

Se sentir intégré, c’est peut-être un bien grand mot ! L’île étant un petit village, tout le monde se connait depuis des lustres, du coup on se sent toujours un peu intrus.

Les métropolitains sont appelés « les Mailloux », ce qui signifierait panier, en rapport avec les paniers de pêche apportés à une certaine époque, par les marins de métro. Ce terme est plus souvent utilisé de manière amicale.

Au-delà de l’appartenance géopolitique du territoire, la culture locale n’est pas franchement franchouillarde. L’accent local se rapproche nettement plus du québécois que du Toulousain, avec un joli panel d’expressions parfaitement atypiques ; le Hockey est le sport de prédilection des Saints Pierrais, on croise plus de pick-up sur les routes que de 205 et l’alimentation est bien chargée en crèmes pâtissières, sauces et autres merveilles diététiques bien réputées au Canada et aux États-Unis (un indispensable pour maintenir une bonne température corporelle !).

« Les gens sont, pour la plupart, authentiques et respectueux. »

Ce sont de bons vivants qui aiment se retrouver autour d’un verre le weekend. L’île regorge d’ailleurs de mille et une merveilles viticoles et spiritueuses, de quoi régaler les amateurs ! Les quelques bars de la ville sont toujours pleins à craquer les weekends, ambiance garantie !

L'expérience insolite de Catherine, infirmière à St Pierre et Miquelon

La ville de St Pierre

L'expérience insolite de Catherine, infirmière à St Pierre et Miquelon

#Quel est le climat à St Pierre et Miquelon ?

Le climat, ben ça caille vraiment, j’ai eu la chance d’arriver en avril (fin de « l’hiver »), mais bon les notions de saisons là-bas sont tout à fait relatives… Au printemps les températures avoisinent les 10°C et on est déjà super contents ! ;). Au max, en été, il fait 20°, mais cela reste quand même exceptionnel.

Bon je vous laisse imaginer l’hiver, je n’ai pas eu la chance d’y gouter, mais d’après les collègues, neige plus rafales de vent glacial, ça ravigote ! Et puis on découvre aussi le plaisir de la brume, bien épaisse, qui dure, qui dure… et que du coup on est super contents quand elle se lève, et qu’aussi quand même c’est très joli quand Saint Pierre est en mi brume/mi-temps clair.

#Comment est la faune et la flore sur l’île ?

Pour ce qui est de la flore, disons qu’il y a beaucoup de cailloux et puis des conifères tout raplatis par le vent ! à la fin du printemps et en été, c’est magnifique : il y a plein de jolies fleurs et quelques baies à déguster ; notamment la spécialité locale, la plate-bière, une espèce de mûre jaune qui est très bonne en confiture.

Pour ce qui est de la faune, beaucoup d’oiseaux, quelques rares biches, cerfs et lièvres, mais le plus grand régale pour moi ce fut les animaux marins. On peut voir des phoques quotidiennement aux abords de l’île, des baleines, des dauphins, des orques… L’alibi idéal pour aller faire des virées en voilier, zodiac, doris ou catamaran.

#Peux-tu nous citer quelques expressions locales ?

Quand il fait trop chaud, nos amis Saint Pierrais ont « la mousse au cul« ;

Voici un petits florilège assez représentatif du langage local : « par temps de poudrin de choquettes, faut se pouiller, à pas mettre dehors une beauté de catalogue, dion ! La tank à mazout turbine. Ici, pas intérêt de jouer les fiers-culs, sinon ça peut fighter à coup de pancarte. On goûte peu le pou d’herbe. »Traduisez : par temps de blizzard, faut s’habiller, à pas mettre une personne belle et bien habillée dehors, dis-donc ! La cuve à fioul turbine. Ici, pas intérêt de jouer les prétentieux, sinon ça peut se bagarrer à coup de poing ou de gifle. On goûte peu le bon à rien.

L'expérience insolite de Catherine, infirmière à St Pierre et Miquelon

L'expérience insolite de Catherine, infirmière à St Pierre et Miquelon

#Qu’as-tu aimé à St Pierre et Miquelon ?

Ce que j’ai apprécié, tout. Les gens, les paysages, la quiétude, les maisons de toutes les couleurs, les virées en catamaran, les weekends de java, le karaoké du jeudi soir, les matchs de Hockey (Saint Pierre vs Saint Pierre), la bouffe, les restos, les cures de homards et de noix de saint-jacques, les balades, les virées à Miquelon et à Langlade (presqu’île de Miquelon, magnifique et sauvage) la pêche à la truite à la mouche…

Étant une adepte de l’adrénaline, je m’épanouis plus aisément en service d’urgences ou de réanimation, du coup, professionnellement, je me suis lassé assez vite. Cette expérience m’a surtout apporté de très belles rencontres, un grand dépaysement et une grande prise de recul sur la vie hyperactive et individualiste de notre société.

L'expérience insolite de Catherine, infirmière à St Pierre et Miquelon

#Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite tenter l’expérience St Pierre et Miquelon ?

De prendre des habits chauds et de bonnes chaussures de marche imperméables. Des livres et jeux de société. Le logement pour les intérimaires, peut être fourni par l’hôpital 3 mois (moyennant 400e par mois, en colocation, grands appartements neufs tout équipé), après il faut se loger soi-même, ça peut valoir le coup de s’y prendre à l’avance.

Un grand merci à Catherine pour son récit passionnant et de sa description de ce bout de terre de France situé à l’autre bout du monde. Pour poser vos questions sur Saint Pierre et Miquelon, n’hésitez pas à commenter un peu plus bas ou à nous rejoindre sur notre groupe Facebook : infirmiers dans le monde