Aurélie, infirmière française expatriée en Allemagne


Aurélie, infirmière française expatriée en Allemagne

Nous aurions pu commencer cet article par “il était une fois, une jeune infirmière Française diplômée…”, mais pour une fois nous allons rester sérieux ! La carrière d’Aurélie commence un peu comme une histoire de princesse, elle rencontre son prince charmant pendant sa formation d’infirmière. Après ses 3 ans de formation à l’IFSI, ils nourrissent ensemble le projet de déménager rapidement pour s’installer dans le pays de Goethe. Depuis son installation en Allemagne, Aurélie raconte sur son blog ses aventures d’infirmière d’origine Française dans un centre hospitalier Allemand.

Alors, la vie est-elle vraiment plus belle en Allemagne ?

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Aurélie, infirmière française expatriée en Allemagne

Tu exerces en Allemagne, qu’est-ce qui t’as amené là bas ?

Pour être honnête, ce n’était pas franchement un rêve de gosse ! L’Allemagne, j’en savais très peu de choses, plutôt le cliché des gros Allemands portant des chaussettes dans leurs sandales en buvant de la bière (ça s’est avéré vrai), qui parlent fort et qui traversent uniquement au piéton vert. Et cette vision me convenait, je n’avais pas trop envie d’aller là-bas vérifier ! J’ai toujours eu le projet de passer quelques mois à l’étranger après mon diplôme, mais je penchais sur l’Angleterre ou même de l’humanitaire en Asie.

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Mais, en fin de 2ème année, j’ai rencontré celui qui est maintenant mon mari. Il était étudiant en design automobile et me disait qu’il aurait sûrement après son diplôme l’occasion d’aller travailler en Allemagne (l’Eldorado des voitures !). J’espérais qu’il trouverait un job dans une destination plus glamour, mais nos diplômes sont arrivés et nous sommes partis à Karlsruhe, une petite ville du Sud de l’Allemagne. J’ai commencé par travailler en Alsace (je savais à peine dire bonjour en Allemand). Au bout de 18 mois, j’ai voulu m’intégrer et j’ai démissionné pour prendre des cours intensifs d’allemand. Puis j’ai postulé dans les hôpitaux de Karlsruhe. Le boulot de mon mari nous a ensuite emmenés à Francfort.

Aurélie, infirmière française expatriée en Allemagne

Quelles démarches as-tu fait pour pouvoir y travailler ?

Apprendre l’allemand ! Ce n’est pas demandé officiellement mais dans notre métier c’est indispensable !

  • Pour vivre en Allemagne, il faut s’inscrire à la mairie (Bürgersanmeldung), sans ça on ne peut rien faire.
  • Pour travailler, il faut s’inscrire aux impôts (Finanzamt).
  • En tant qu’infirmière, il faut aller faire valider son diplôme au Regierungspräsidium. C’est un peu comme le fichier Adeli en France. Suivant la région (ou Land) dans lequel on s’inscrit, on a plus ou moins de justificatifs à présenter : le diplôme, une traduction officielle, un extrait de casier judiciaire (à demander au Bürgerbüro, équivalent de la mairie)… Une fois quelques papiers signés, vous pouvez exercer !

Il faut aussi s’attendre à la question très agaçante “avez-vous un diplôme valable ?” quand vous postulez… J’entends par là que les employeurs remettent souvent en cause la formation des infirmières françaises malgré le fait que notre diplôme est “meilleur” que celui d’une infirmière allemande et mieux reconnue à l’international. Malheureusement les cadres infirmiers allemands ne connaissent que très mal cette distinction et quand j’arrive avec mon diplôme français on me regarde parfois comme si j’étais une infirmière formée dans le tiers-monde (arrogance allemande peut-être ?).

Aurélie, infirmière française expatriée en Allemagne

Tu as créé un blog sur lequel on retrouve pas mal d’infos, peux-tu nous en parler ?

Ce blog , au départ, c’était un peu pour raconter à mes proches des anecdotes et des choses un peu “lourdes” que je vivais au quotidien. Quand j’ai commencé à travailler vraiment en Allemagne, j’ai recommencé à écrire pour partager mon expérience car j’étais un peu perdue dans les démarches et je me disais que ça pouvait être utile à d’autres. J’ai été contactée à plusieurs reprises par des infirmières pensant s’installer en Allemagne. A 90%, elles étaient dans le même cas que moi : suivre le conjoint ! C’est vrai qu’une infirmière ne va pas en Allemagne pour les conditions de travail…

Quand j’ai été enceinte, j’ai ressorti le clavier pour partager des infos sur la grossesse. En faite, j’aime avoir des retours et sentir que malgré tout j’ai pu fournir des informations utiles à certains.

“J’étais la seule à nettoyer ma tablette avant de faire un soin et à désinfecter les brassards à tension avec une lingette”

Quelles sont les différences majeures au niveau du boulot qui t’ont marqué à ton arrivé ?

Le rythme de travail est très différent. On fait des matins, des après-midi, des nuits, qui se suivent de façon totalement anarchique. J’ai pu travailler 12 jours d’affilée en alternant après-midi et matin, ou 10 jours avec des nuits en fin de période. C’est assez épuisant.

Ce qui m’a frappée, c’est le fait que les “faisant fonction de cadre” voire les cadres eux-mêmes, travaillent au même rythme que nous et prennent des patients en charge au même titre que leurs collègues. J’aime beaucoup. Ca se ressent dans l’ambiance de travail : je n’ai aucune envie de retravailler en France.

Aurélie, infirmière française expatriée en Allemagne

Ici, la formation est une “Ausbildung”.

J’explique : en Allemagne, à 10 ans, les enfants sont séparés entre Realschule et Gymnasium.

  • le Gymnasium est l’équivalent du collège-lycée en filières générales : ils passent le bac (Abitur) et font des études (Studium)
  • La Realschule, c’est la filière technique : les élèves font des Ausbildungen. Les infirmières sont issues le plus souvent de cette filière

La Ausbildung est une formation professionnelle en trois ans accessible à partir de 17 ans, faite dans les hôpitaux. L’élève est à 60% (me semble-t-il) sur le terrain. La formation théorique est très faible. On a des infirmières qui n’ont à la sortie aucune notion de pharmaco et de réa (et l’hygiène, franchement, je me demande). Ce sont des aide-soignantes qui ont fait trois ans de formation ! Pas le droit de piquer, d’effectuer des soins stériles…

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Les aide-soignantes, d’ailleurs, il n’y en a pas ou très peu, seulement dans certains services et leur formation n’est pas très homogène. Les médecins sont forcément plus nombreux, puisqu’ils font office d’infirmières ! Les médecins sont organisés différemment aussi, puisqu’ils n’ont pas d’internant ici. Globalement, la formation des soignants est bien meilleure en France ! C’est pour ça que j’ai travaillé dans des services plutôt “techniques” ici. J’avais plus de libertés !

“Oui vous avez bien lu : Les poses de perfs sont souvent faites par les médecins !”

Il m’est arrivé, au bloc, de répondre au téléphone d’un chirurgien qui était en train d’opérer : l’infirmière du service l’appelait parce qu’un patient avait arraché sa perf et demandait qu’il vienne au plus vite la reposer ! J’ai halluciné… Même en réa, on m’a regardé avec de grands yeux sceptiques quand j’ai dit que je savais faire et que ça me manquait. En anesthésie, heureusement, c’est moi qui posais toutes les perfs des patients que j’avais en charge. Et qu’est-ce que ça faisait du bien ! En revanche, piquer sur un PAC, faut pas rêver, on ne m’aurait jamais laissé faire… Les prélèvements sont souvent effectués sur les cathéters, qu’ils soient périphériques ou centraux. Sinon, c’est le médecin qui fait.

Dernière chose qui m’a choqué par rapport à la France la France : l’hygiène ! Ici, on nous “embête” beaucoup moins avec les protocoles, les pansements “du plus propre au plus sale”, les sets de pansements, la désinfection… Les pansements chirurgicaux sont faits de façon DEGUEULASSE (il n’y a pas d’autre mot), on désinfecte avec du spray, sans action mécanique et on m’a reproché de prendre des gants et compresses stériles pour faire les pansements… Mes collègues les font avec les gants qui ont servi pour la toilette. J’étais la seule à nettoyer ma tablette avant de faire un soin et à désinfecter les brassards à tension avec une lingette (mes collègues se contentant d’un coup de spray antiseptique…). Bref, j’ai souvent les nerfs qui lâchent !

Aurélie, infirmière française expatriée en Allemagne

Quelles sont les conditions de travail (salaire, charge de travail, vacances…) ?

Le salaire… Comment dire, il ne fait pas rêver mes copines d’IFSI ! Le salaire brut est faramineux, mais les impôts sont prélevés à la source et ils représentent plus de 40%. Le salaire net de base, sans primes, est d’environ 1300 euros (soit 2200 brut). Le mois où j’ai le plus travaillé (j’ai dépanné pour des gardes et ai explosé le quota autorisé), j’ai atteint à peine 1800…

Pour la Charge de travail en réa et en anesthésie, j’ai été débordée mais jamais autant qu’en France. Les horaires, comme je l’ai dit plus haut, sont très contraignants. On est à 39h, ce qui change quand même mine de rien.

Les vacances, ce n’est pas la joie ! Pas de RTT, ce qui fait 25 à 28 jours par an selon les hôpitaux. A trente ans, on passe à 30 jours, et ce chiffre augmente encore avec l’âge.

Par contre l’alimentaire est très peu cher. On sort au resto pour 10 euros sans problème : ici le critère pour un bon restaurant c’est de pouvoir manger beaucoup pour pas cher, que ce soit bon, c’est accessoire ! Les portions sont d’ailleurs souvent monstrueuses, je me suis vite habituée à demander un doggy bag !

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Tu es aussi maman depuis peu, félicitation. Comment ça se passe le congé mat’ en Allemagne ?

Merci ! Le congé maternité est de 6 semaines avant le terme et 8 après la naissance, soit deux semaines de moins qu’en France. Les conditions sont les mêmes qu’en France en terme de droit du travail (pas de licenciement…). La grosse différence se fait au niveau du congé parental. Ici, il est payé à 66% du salaire avec un plafond à 1800 euros. Il dure 12 mois, ou 14 si on le partage avec son conjoint. On peut également choisir un congé plus long, mais sans être payé. Ca garantit simplement de garder son emploi. Le congé parental est quasi obligatoire, puisque la plupart des crèches n’acceptent les enfants qu’à partir de 10 mois (rarement 6 dans les crèches privées) pour l’adaptation, donc 12 mois pour la garde à temps plein. Sans compter qu’il est très mal vu de reprendre le travail “tôt”.

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On se fiche de l’avis des autres, mais pas tant que ça : en Allemagne, ça peut être pesant, car quoi que vous fassiez il se trouvera quelqu’un pour commenter. On m’a déjà dit de façon désagréable que je plaçais ma poussette trop près de la voie de tram, une de mes amies s’est vue critiquée par une inconnue au restaurant pour l’alimentation de son fils… Et les pédiatres ne se gênent pas non plus pour vous mettre en garde contre la mise en collectivité “trop jeune” (à 13 mois !).

Accoucher en Allemagne c’est vraiment à recommander, avoir droit à un congé parental bien rémunéré c’est vraiment top, mais UN AN c’est long ! Certaines emmènent leur bébé chez l’esthéticienne, chez le gynéco, font du sport adapté avec bébé parce que pas possible autrement… Mon fils a 12 mois et je ne l’ai encore jamais confié plus d’une demi-journée ! Il n’y a pas de halte-garderie ici et je trouve ça assez dommage pour les enfants, qui ne sont pas très indépendants.

“Il est tellement difficile de trouver un mode de garde que j’ai préféré démissionner pour ne pas avoir de stress pour la reprise du boulot.”

J’avoue que dans mon métier c’est plus facile de prendre cette décision que pour mon mari par exemple, le chômage n’existe pas. Mais pour les femmes ici c’est souvent très dur, au point que certaines renoncent à avoir des enfants. Il y a un nombre énorme de femmes qui choisissent de ne pas avoir d’enfant du tout. Certaines se décident après 40 ans. La réalité culturelle fait qu’ici, une fois devenue mère, on n’est plus vraiment une femme.

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Peux-tu nous décrire rapidement le système de soin Allemand ?

Le système allemand est très inégalitaire et c’est une des choses qui m’ont vraiment choquée. Ici, on a le choix entre assurance maladie publique et privée. Les patients “privés” payent plus cher et sont suivis comme des VIP, obtiennent des rendez-vous plus facilement, sont suivis par les médecins-chefs, et n’ont jamais affaire à des étudiants. En bonne Française idéaliste, je trouve ça dingue et très injuste. Mais j’avoue m’être posé la question depuis la naissance de mon fils, vu les difficultés que j’avais à trouver un bon pédiatre.

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Que préfères-tu en Allemagne ?

L’ambiance dans les services !

Les marchés de Noël, la possibilité de faire des barbecues en plein air dans certains parcs, le fait que les Allemands (et moi aussi !) aiment profiter du moindre rayon de soleil pour aller en terrasse ou bronzer, faire des pique-niques, dans les parcs ou les bords du Main même s’il ne fait pas très chaud. J’aime les piscines extérieures en été, les saunas à chaque coin de rue. J’aime les cafés sympas et les brunchs pas chers qu’on a ici. Le thé est très mauvais mais les tisanes allemandes sont top. Je reste fidèle à la gastronomie et à la mode françaises ! J’aime le fait de puiser un peu de ce que je préfère dans chaque culture, même si pour notre fils on choisit souvent l’éducation à la française. Et j’aime avoir Internet pour commander les produits qui me manquent ici, parce que la saucisse et la sauce verte ben… c’est pas mon truc !

Merci beaucoup à Aurélie d’avoir bien voulu répondre à toutes nos questions ! Si vous avez envie d’en savoir un peu plus sur le travail d’une infirmière en Allemagne ou si vous aussi souhaitez vous installer Outre-Rhin, n’hésitez pas à parcourir le blog d’Aurélie, elle y partage encore plus d’anecdotes et de conseils. 

Crédit photos : Aurélie.

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5 Commentaires

  1. Elisabeth
    22 mai 2015
    Répondre

    Les 2 liens du blog d’Aurélie ne fonctionnent pas.
    Pourrait-on avoir l’adresse svp ?

  2. 14 mars 2016
    Répondre

    Les français sont toujours déçus par les systèmes de santé à l’etranger haha 🙂

  3. Julien
    18 mai 2017
    Répondre

    Bonjour, je suis Julien jeune homme fraichement diplômé aide soignant. J’opte pour partir en Allemagne pour travailler ? Avez – vous des conseils ? Si c’est possible ?
    Merci à vous

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