Se protéger contre le Paludisme lors d’un voyage en Amérique du sud


Lors de notre périple en Amérique du Sud, nous allons traverser la forêt amazonienne. Qui dit forêt amazonienne dit moustiques et qui dit moustique dit risque d’exposition au Paludisme. Nous allons vous exposer dans cet article ce qu’est le Paludisme, les risques de cette maladie et les moyens de prévention (médicamenteux ou non) qui existent à ce jour. 

Le paludisme, également appelé « malaria », est une maladie qui peut être mortelle. Il est dû à des parasites transmis à l’homme par le biais de piqûres de moustiques infectés (comme pour la fièvre jaune), qui piquent principalement entre le crépuscule et le petit matin.

Le paludisme est la maladie parasitaire la plus répandue au monde.

Mécanisme : En piquant l’homme, le moustique injecte le parasite dans le sang de la personne piquée. La parasite s’installe alors dans le foie où il se multiplie. Puis les parasites migrent dans le sang où ils tuent les globules rouges. Quand un moustique sain pique une personne infectée, il devient à son tour porteur du parasite, et le transmettra lorsqu’il piquera une personne saine.

Se protéger contre le Paludisme lors d'un voyage en Amérique du sud

Le paludisme se caractérise par des épisodes fébriles aigus. Les symptômes apparaissent au bout de 7 jours ou plus (généralement 10 à 15 jours) après la piqûre de moustique infecté. Les premiers symptômes – fièvre, maux de tête, frissons et vomissements – peuvent être modérés et difficiles à attribuer au paludisme. S’il n’est pas traité dans les 24 heures, le paludisme à P. falciparum peut évoluer vers une affection sévère souvent mortelle. Les principales complications de la maladie :

  • Atteinte cérébrale (neuropaludisme) : lorsque les cellules sanguines infectées par le parasite atteignent le cerveau, entraînant un délire, la perte de connaissance, le coma ou la mort.
  • Œdème pulmonaire : une accumulation de liquide dans les poumons pouvant entraîner de graves problèmes respiratoires.
  • Insuffisance des organes tels que les reins ou le foie, ou rupture de la rate qui peuvent causer la mort.
  • Anémie hémolytique sévère (on parle d’anémie sévère quand il y a une baisse de l’hémoglobine, en général à partir de 8g/l)  causée par la destruction des globules rouges infectés.
  • Hypoglycémie (en dessous de 0,70g/l de sang) : due à certaines formes sévères de la maladie qui peuvent provoquer un coma  ou la mort.

Le diagnostic et le traitement précoces du paludisme réduisent l’intensité de la maladie et permettent d’éviter qu’elle ne devienne mortelle. Pour obtenir la confirmation biologique du diagnostic, il existe un test (paracheck ou care start) fiable, simple et rapide (pas besoin de laboratoire). Il suffit de prélever une goutte de sang au bout du doigt sur une bandelette ( pour les soignants, c’est le même principe qu’un hémocue ou plutôt un Quick Test Tétanos). Au bout de quinze minutes, la coloration de la bandelette révèle si le test est positif ou non. Si vous êtes atteint du paludisme, on dispose aujourd’hui d’un traitement très efficace : les ACT (artemisinine-based combination therapy). Ils contribuent aussi à réduire la transmission du paludisme.

A noter que toute fièvre au retour des tropiques (et jusqu’à 2 mois après son retour), quels que soient les symptômes associés, doit être considérée a priori comme pouvant être d’origine palustre et nécessite une consultation en urgence.

Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué contre le paludisme, c’est pour cela que la prévention est trés importante.

  • Quelles sont les zones à risques en Amérique du Sud ?

En Amérique du Sud, la principale zone où vous serez exposé au Paludisme est l’Amazonie (groupe 3).

carte_paludisme

Avant toute chose je tiens à rappeler qu’aucun moyen préventif n’assure à lui seul une protection totale contre le paludisme. Il convient donc d’insister sur la nécessité de l’observance simultanée d’une protection contre les piqûres de moustiques associée à un traitement médicamenteux préventif.

Se protéger contre le Paludisme lors d’un voyage en Amérique du sud

  • Conseils préventifs

De façon générale, pour les voyages vers des destinations à climat chaud ou tropical, il est recommandé de :

•  se protéger contre les piqûres d’insectes, notamment avec des répulsifs sur les parties non couvertes
• dormir la nuit sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide si possible (correctement installée et en s’assurant de l’intégrité du maillage) ;
•  porter des vêtements légers et couvrants (manches longues, pantalons et chaussures fermées) ;
•  utiliser des vêtements imprégnés d’insecticides en cas de risques importants.

Dans les habitations, la climatisation diminue les risques de piqûres ; des insecticides en bombes ou en diffuseurs électriques ainsi que les raquettes électriques pourront être utilisés en mesure d’appoint. À l’extérieur et dans les vérandas, les serpentins fumigènes peuvent constituer des répulsifs efficaces.

Les répulsifs cutanés sont composés d’une substance active qui éloigne les insectes sans les tuer et sont à appliquer sur toutes les parties du corps non couvertes. La durée de la protection varie de 4 à 8 heures selon la nature et la concentration de la substance active ainsi que des conditions d’utilisation (sudation, température et humidité ambiantes…). L’application doit être renouvelée après une baignade.

La moustiquaire imprégnée d’insecticide assure la meilleure protection contre les piqûres de moustiques nocturnes par son effet à la fois insecticide et insectifuge. Elle est disponible en pharmacie ou dans des magasins spécialisés. Il est possible d’imprégner soi même une moustiquaire avec un kit d’imprégnation vendu également en pharmacie. Le produit disponible actuellement est la perméthrine. En cas d’imprégnation par trempage de moustiquaire, la rémanence du produit varie de un à trois mois.

Pour info, voici la liste de moustiquaires pré-imprégnées d’insecticide en 2014 : Moskitul®, Moustiquaire Hamaca®, Moustiquaire Bangla® imprégnée.

Se protéger contre le Paludisme lors d'un voyage en Amérique du sud

  • Traitements préventifs

Plusieurs type de traitement médicament préventif existent. Le choix d’une chimioprophylaxie (traitement préventif) doit tenir compte :
•  des zones visitées, classées en pays du groupe 1, 2 ou 3 selon la fréquence des résistances aux médicaments antipaludiques ;
•  de l’intensité de la transmission ;
•  de l’âge et du poids du voyageur ;
•  de ses antécédents pathologiques ;
•  d’une possible interaction avec d’autres médicaments ;
•  d’une précédente intolérance à un antipaludique ;
•  d’une grossesse en cours ou envisagée ;
•  des conditions, de la durée et de la période du séjour ;
•  de l’évaluation de l’observance en fonction des modalités de prise ;
•  des capacités financières du voyageur.

Pour info, l’Amazonie est groupe 3, c’est donc une zone de prévalence élevée de chloroquinorésistance et de multirésistance.

Les médicaments adéquats pour le groupe 3 sont :
méfloquine ;
– association atovaquone-proguanil ;
– doxycycline

Quel que soit l’antipaludique choisi, il ne peut être délivré que sur ordonnance, en conseillant sa prise au cours d’un repas. La prophylaxie doit être poursuivie après la sortie de la zone d’endémie pour une durée variable selon le médicament prescrit.

  • Association atovaquone (250 mg) – proguanil (100 mg) : malarone® adulte : un comprimé par jour, au cours d’un repas ; Il ne présente aucun risque pour la femme enceinte en cas de séjour inévitable en pays de groupe 3. La prise est à débuter le jour d’arrivée en zone à risque et doit être poursuivie une semaine après la sortie de cette zone. La durée d’administration continue de l’atovaquone-proguanil dans cette indication devra être limitée à trois mois.
    Les effets secondaires fréquents sont : nausées, vomissements, diarrhée, douleur abdominale, manque d’appétit, maux de tête, étourdissement, éruption cutanée, démangeaisons, toux, fièvre.
    Coût : en moyenne 35€ pour 12 comprimés, en cherchant bien vous pouvez même en trouver aux alentours de 20€ (depuis 2014, le prix a baissé avec l’apparition des génériques moins onéreux autour de 15€ la boite).

 

  • Méfloquine (Lariam® 250 mg) adulte : un comprimé une fois par semaine ; Il ne présente aucun risque pour la femme enceinte en cas de séjour inévitable en pays de groupe 3. Le traitement est à débuter au moins 10 jours avant l’arrivée dans la zone à risque pour apprécier la tolérance de deux prises. De ce fait, l’apparition sous traitement de troubles neuropsychiques tels qu’une anxiété aiguë, un syndrome dépressif, une agitation, une confusion mentale, doit conduire à l’interruption immédiate du traitement. La prise de méfloquine doit être poursuivie trois semaines après avoir quitté la zone d’endémie, soit trois prises.
    Les effets secondaires fréquents sont  : nausées, vomissements, vertiges. Ces effets ont tendance à diminuer à la poursuite du traitement.
    Coût : en moyenne 38€ pour 8 comprimés

 

  • Doxycycline (monohydrate de doxycycline : Doxypalu® comprimés à 50 ou 100 mg) adulte : 100 mg par jour. La prise est à débuter le jour de l’arrivée dans la zone à risque et à poursuivre quatre semaines après l’avoir quittée. Il est important de bien prendre le traitement chaque jour à heure fixe compte tenu de la faible demi-vie du médicament. Il est contre-indiqué en cas de grossesse.
    Voici les effets secondaires les plus courants : nausées, vomissements, diarrhées, diminution de l’appétit, inflammation de la bouche.
    Coût : en moyenne 13€ les 28 comprimés

INFORMATION

Astuce : si vous commencez votre séjour par la Guyane et si vous comptez y travailler, je vous conseille d’acheter votre traitement sur place, la maladie et la prévention étant importante en Guyane, les prix sont plus raisonnables car ils sont fixés par la sécurité sociale (et remboursé pour certains résidants de Guyane).

Sources :
– site de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : http://www.who.int/
– site de l’invs (institut national de veille sanitaire) : http://www.invs.sante.fr/
– site du ministère de la santé : http://www.sante.gouv.fr/

Retrouvez également les articles de préventions contre la fièvre jaune et contre l’hépatite A sur le blog.

12 Commentaires

  1. 17 février 2015
    Répondre

    Pas très réjouissant cet article…tout comme la liste des effets secondaires des traitements anti palu…
    Enfin, mon père et ma grand mère ayant été atteint, je ne peux que confirmer qu’il vaut mieux se protéger en avance de phase!

    • 17 février 2015
      Répondre

      Oui la liste des effets indésirables fait plutôt peur, on se demande lequel choisir…
      Je crois qu’on va éviter celui qui peut engendrer une dépression… ça serait dommage en plein voyage !
      Comment la maladie s’est elle caractérisée dans ta famille ? Ont-ils gardé des sequelles ?

  2. 18 février 2015
    Répondre

    C’est sûr que la dépression serait dommage!
    Pour mon père, c’était avant ma naissance, donc je ne sais pas comment ça s’était manifesté à l’époque…je sais qu’actuellement il a encore des effets secondaires des fois (des sensation de froid alors qu’il fait très chaud ou inversement)
    Pour ma grand mère, elle était vraiment faible, avait la bouche surinfectée et ne s’alimentait donc plus très bien…on l’avait récupérée à l’aéroport et elle avait été très mal pendant 2 bonnes semaines…

    • 18 février 2015
      Répondre

      Comme quoi c’est pas pour plaisanter !
      Au moins nous sommes prévenu, je pense qu’on va bien mettre l’accent sur la prévention.

  3. Roselyne Leroy Ducardonnoy
    18 février 2015
    Répondre

    Pour les philippines et le sud Vietnam , nous n’avons pas pris de traitement préventif les zones que nous traversions étant peu infestées.
    Toutefois, nous avions prévu des vêtements à manches longues, des chaussettes, des pantalons et des pyjamas pour le soir.
    J’avais traité ces vêtements ainsi que les “sacs à viande” avec de l’ “insect écran ‘ produit efficace plusieurs mois et après plusieurs lavages.
    Voilà 2 ans après, pas de crise de paludisme, 0 piqure de moustique !

  4. Jérémie Le YéTi-rion
    18 février 2015
    Répondre

    Malarone, depuis quelques mois existe son générique, ce qui change la donne niveau budget.

  5. francou
    18 février 2015
    Répondre

    Pour le senegal, nous avions utilise la doxycycline et des moustiquaires impregnes pas toujours facile a accrocher selon ou on etait!!!! Aucun effet secondaire pour la doxy pour nous et delivre par notre medecin de famille.

    • 18 février 2015
      Répondre

      Il va falloir qu’on soit aussi inventif que toi Francou pour pouvoir installer cette moustiquaire dans le Van… Et ça a été efficace, pas de piqure ?
      Côté traitement, on hésite encore avec la Malarone.

  6. francou
    22 février 2015
    Répondre

    Non pas de piqure….la nuit!!!!!! Il faut bien penser a rabattre la moustiquaire sous les bords du matelas pour ne laisser aucun passage….Par contre, en journee selon les endroits les moustiques s en donnaient a coeur joie…mais le principal c’est que personne n est revenu avec le palu!!!!! Bonne reflexion!!!!!!

  7. 2 novembre 2016
    Répondre

    Bonjour,

    Merci, votre article est bien synthétique et utile pour comprendre la maladie et ses traitements.

    En complément, voici un article complet et à jour pour comprendre et évaluer les risques liés au paludisme en fonction de sa destination de voyage : http://www.voyagebaby.com/2016/10/paludisme-comment-eviter-les-zones.html

    L’article s’adresse aux parents de jeunes enfants (problématique un peu différente que quand on voyage entre adultes, car on fait un peu plus attention et on évite davantage les zones à risque), mais il pourra aussi intéresser d’autres voyageurs qui veulent mieux comprendre et évaluer les risques liés au paludisme lors de leurs prochains voyages, surtout s’ils veulent éviter de devoir prendre des traitements préventifs anti paludisme (ce qui est aussi possible dans certains pays et zones d’amérique du sud).

  8. Chris
    20 février 2017
    Répondre

    Bonjour,
    Merci pour cet article en particulier et pour votre blog en général.
    Je m’y remémore des souvenirs et nourrit mes rêves!
    Et vous qui vivez en Guyane, comment faites vous quand vous allez en forêt? Est ce que vous prenez un traitement anti palu à chaque fois ou est ce que vous faites une goutte épaisse au retour? J’ai vécu en Guyane il y a 30 ans et on conseillait alors la goutte épaisse. Qu’en est-il aujourd’hui?

    • 22 février 2017
      Répondre

      Nous sommes maintenant à l’ile de la Réunion ! Aujourd’hui je ne connais pas grand monde qui prend un traitement pour le palu. En foret c’était répusilf et manche courte en général. De toute façon à moins de s’enfoncer dans le parc Amazonien le risque est quasiment nul !

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